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Alors que la panne gravissime du réacteur suédois
fait la UNE de la presse en Europe,
on en a très peu entendu parler en France.
Le Réseau « Sortir du nucléaire
»
apporte donc la lumière sur le plus grave événement
lié à un réacteur nucléaire
depuis lexplosion de Tchernobyl,
il y a exactement 20 ans.
Le 25 juillet dernier à la centrale nucléaire de Forsmark
(Suède)
un court-circuit dans le réseau électrique extérieur
de la centrale
a provoqué la perte dalimentation électrique du réacteur
n°1.
Le réacteur a alors été stoppé dun seul
coup en raison de la coupure de courant.
Tous les écrans de la salle de contrôle se sont éteints
simultanément :
les opérateurs se sont retrouvés sans les commandes face
à un réacteur incontrôlé et incontrôlable.
Une seule solution pour éviter la fusion du coeur :
mettre en route les quatre générateurs pour alimenter en
électricité les pompes de refroidissement du réacteur.
Mais aucun na démarré spontanément comme
il aurait dû le faire dès quune panne de lalimentation
extérieure survient.
Il semblerait que les batteries des générateurs aient été
affectées par le court-circuit.
Le cur ne pouvant plus désormais
évacuer sa chaleur, sest échauffé [1],
le niveau de leau dans le circuit primaire
a baissé de deux mètres
et la pression a dégringolé à
12 bars alors quelle doit se maintenir à 70 bars.
Dans ces conditions laccident majeur nest
plus quune question de minutes.
Or il faudra
23 minutes
à léquipe en place pour finalement arriver à
démarrer manuellement deux générateurs de secours.
23 minutes pendant lesquelles les opérateurs
nont pas su si le réacteur était vraiment à
larrêt
et si leurs actions avaient les conséquences voulues [2].
Pourquoi seulement deux générateurs
sur quatre
ont-ils finalement démarré
alors que les quatre générateurs étaient de même
conception ?
On lignore toujours.
Que se serait-il passé si aucun des générateurs
de secours navait fonctionné à Forsmark le 25 juillet
?
La première phase de la destruction du cur, selon les Suédois,
se serait produite 7 minutes plus tard et la fusion,
dans lheure qui aurait suivi, produisant
un dégagement colossal de radioactivité qui se serait disséminée
dans toute lEurope.
Une fois le processus de fusion du cur entamé,
lexplosion du réacteur risquait de se produire à nimporte
quel moment [3].
Le réacteur de Forsmark est bien passé
très très près
de la catastrophe nucléaire.
Un ancien responsable et constructeur du réacteur n°1 de Forsmark,
Lars-Olov Höglund, confirme quil sagissait bien dun
événement gravissime :
« Cest un pur hasard
si la fusion du cur na pas eu lieu »
a-t-il déclaré au journal suédois Svenska Dagablet
[4].
Faut-il rappeler que lorganisme de contrôle nucléaire
américain, la NRC [5],
estime que 50 % des scénarios menant à la fusion du cur
ont une seule et même cause :
la coupure de courant du réacteur [6] ?
Comme un défaut générique est très vraisemblablement
à lorigine de la panne gravissime,
lorganisme de contrôle nucléaire suédois a fermé
préventivement trois réacteurs.
Si lon tient compte des réacteurs fermés pour maintenance,
la Suède a aujourdhui la moitié de ses réacteurs
en berne.
LAllemagne et la Finlande examinent de près chacun de leurs
réacteurs nucléaires
Et la France ?
Bien évidemment
Ne Fait Rien!
Persuadée quelle
est de son infaillibilité.
On pourra toujours nous raconter que cela ne peut pas arriver aux réacteurs
français
parce que leur conception est différente
mais cest un court-circuit hors du réacteur qui a mis à
genoux le réacteur suédois.
EDF et la DGSNR [7] doivent impérativement démontrer que
ce risque nexiste pas en France.
Jusquà preuve du
contraire,
laccident majeur nucléaire est possible en France en raison
dun court-circuit sur le réseau électrique.
En attendant, les 58 réacteurs nucléaires français
doivent être arrêtés et inspectés minutieusement
pour déterminer sil y a ou non un tel défaut générique.
Oui,
on peut perdre le contrôle dun réacteur
occidental récent pendant plus de 20 minutes.
Oui,
on risque laccident nucléaire à
cause dun simple court-circuit.
Non,
les tenants de latome nont pas tout prévu.
Preuve en est la déclaration de lAIEA
[8]
rapportée lannée dernière par lexploitant
du réacteur suédois :
« La centrale nucléaire de Forsmark
est une des plus sûres au monde et il devrait être possible
de la faire fonctionner pendant encore 50 ans » [9].
Belle clairvoyance !
La technologie nucléaire est extrêmement fragile par essence
parce quelle met en uvre une infinité de procédés
plus complexes les uns que les autres,
rendant les sources daccidents multiples et imprévisibles.
Le nucléaire est par nature périlleux et ingérable.
Forsmarks Kraftgrupp,
propriétaire de la centrale de Forsmark,
lavait probablement oublié en affirmant en 2005
qu« un réacteur nucléaire nest en réalité
quune bouilloire géante » [10].
La crise nucléaire de Forsmark montre clairement que les réacteurs
russes RBMK ne sont pas les seuls à être dangereux
mais que, bien au contraire, tous les réacteurs nucléaires
sont menaçants même sils sont construits par une des
nations les plus développées au monde, la Suède.
Le nucléaire nous fait prendre des risques ahurissants
sans pouvoir assurer notre sécurité.
Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle
?
Pour quon arrête de jouer nos vies à la roulette russe,
exprimons notre refus de lénergie nucléaire à
nos gouvernants en rejoignant le 17 mars 2007
les manifestations du Réseau « Sortir du nucléaire
»
contre la relance du nucléaire
à Lyon, Toulouse, Rennes, Strasbourg et Lille.
Martin Leers, chargé de campagne au Réseau « Sortir
du nucléaire »
Mail : martin.leers@sortirdunucleaire.fr
Notes :
[1] Même lorsque un réacteur nucléaire ne produit
pas délectricité, il faut continuer à le refroidir
car des fissions nucléaires se poursuivent. A titre dexemple,
un réacteur de 1300 MW un mois après son arrêt produit
encore 6 MW de puissance résiduelle.
[2] Rapport préliminaire de lorganisme de sûreté
nucléaire suédois concernant Forsmark 1
http://www.ski.se/dynamaster/file_archive/060803/33cd15dfe7e3739372aa77bbc24f96b0/RASK%2dreport%20english.pdf
[3] Notamment due à lémission dhydrogène
produit par loxydation du zirconium des gaines abritant le combustible
quand le cur fond (cf. rapport scientifique d'activité 2002
de l'IRSN p.28).
[4] http://www.svd.se/dynamiskt/inrikes/did_13348422.asp
[5] Nuclear Regulatory Commission
[6] HIRSCH, Helmut, Nuclear Reactor Hazards Report. p.121.
http://www.greenpeace.org/international/press/reports/nuclearreactorhazards
[7] Direction Générale de la Sûreté Nucléaire
et de la Radioprotection
[8] Agence Internationale de lEnergie Atomique
[9] http://www.forsmark.com/upload/277/eng_broschyr.pdf
[10] Id.
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